Empty Room (団地妻 隣りのあえぎ)

de Toshiki Satou, 2001

avec : Yumeka Sasaki, Mao Nakagawa, Takeshi Itou

scénario : Shinji Imaoka


Avec ses quatre films de la série des Danchi Tsuma ( Apartment Wife , dont les premiers films remontent au début des années 70), Toshiki Satou ne s'est pas simplement contenté de dévoiler le comportement sexuel des habitantes des immeubles en banlieue des grandes villes japonaises, mais c'est en véritable anthropologue qu'il a abordé le sujet.

Une approche très intéressante qui fait de ces pinku bien plus que de simples films érotiques et où Toshiki Satou n'est jamais très loin du film d'auteur à tendance sociale. La vie des salaryman, OL et surtout femmes au foyer japonais n'aura plus de secrets pour vous.

 

Depuis son premier film de la série à ce récent film (et dernier à ce jour de la série qui a été réalisé par Toshiki Satou ), on mesure à la fois le chemin parcouru et les points communs. Evidemment, comme un anthropologue qui continue à s'intéresser au même sujet, on retrouve ici des personnages similaires et surtout un cadre identique. Le salaryman qui n'a plus d'amour pour sa femme et la délaisse, l'ennui de cette dernière et, en contraste, des éléments perturbateurs qui vont venir casser le délicat équilibre qui maintient un semblant de cohésion sociale au sein du microcosme que constitue l'immeuble.

 

Dans le cas de Empty Room , c'est une femme mariée ( Yumeka Sasaki )qui a depuis longtemps décidé d'avoir les aventures qu'elle veut, laissant son mari faire de même. Ce dernier, effrayé par sa femme à laquelle il n'a même pas avoué avoir perdu son travail depuis plusieurs semaines, tue le temps en venant écouter les ébats de sa femme dans un appartement vacant à côté du sien. C'est ici qu'un jour il rencontre une résidente de l'immeuble (Sachiko, Mao Nakagawa ) que son mari ( Takeshi Itou ), se plaignant de mal au dos chronique, a complètement délaissé sexuellement. A la recherche de quelque chose qui puisse briser l'ennui de sa vie de femme au foyer, elle va peu à peu entamer une liaison avec son voisin, aiguisant la jalousie de son mari. Les deux couples vont alors avoir des relations troubles.

 

Empty Room joue habilement avec l'humour (les scènes de discussions entre les deux couples) et un côté beaucoup plus noir. C'est ainsi que l'on assiste à une parodie pas vraiment drôle mais plutôt pathétique de Shall We Dance ? . Certainement une des scènes les plus représentative du ton particulier de Empty Room . Le film se montrant parfois cruel, lorsque par exemple le mari au chomage se fait « analyser » par une prostituée.

Les parties érotiques sont très réduites et plus que le sexe, ce sont les relations entre les deux couples qui constituent le plus gros morceau du film en même temps que ce qui le rend particulièrement intéressant. Empty Room évite l'ennui grâce justement à l'omniprésence de l'humour en même temps qu'il conserve toujours un côté extrêmement sombre voire malsain. Ainsi la volonté de Sachiko à briser à tout prix son ennui la fait tomber dans la perversité (elle demande à son partenaire de lui éjaculer dans la bouche ou de lui uriner sur le visage).

Certainement dans un soucis de réalisme (parfois perturbant), ces dissections de vies ordinaires évitent les tournures parfois violentes de certains de ses autres films mais restent empruntes d'une certaine noirceur qui fait aussi la marque de fabrique de Toshiki Satou . Il se dote de plus d'acteurs tous excellents et on retrouve Yuuji Tajiri le réalisateur dans un de ses rares rôles de l'autre côté de la caméra. A ses côtés, Mao Nakagawa s'avère très douée tandis que Takeshi Itou et Yumeka Sasaki n'ont plus à faire la preuve de leur talent. La mise en scène sans faille de Toshiki Satou et un scénario (signé par nul autre que Shinji Imaoka) qui sait capter les détails ordinaires de la vie de bien des femmes au foyer japonaises font de Empty Room un excellent représentant du pinku contemporain et prouve que les réalisateurs de la génération Takahisa Zeze/Hisayasu Satou n'ont pas dit leur dernier mot. Tant mieux.

© zeni

Titre japonais (romanisé) : Danchi Tsuma - Tonari no Aegi

Titre(s) alternatif(s) : Moans From Next Door


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