Flower and Snake (花と蛇)

de Takashi Ishii, 2004

avec : Aya Sugimoto, Kenichi Endou, Renji Ishibashi

scénario : Dan Oniroku


Takashi Ishii qui se faisait rare sur les écrans depuis un bon moment (en fait depuis Freeze Me en 2000) nous revient donc avec ce qui peut être considéré comme à la fois un retour aux sources (un pinku donc) et un hommage (le film éponyme de Konuma, adapté de la même œuvre d’Oniroku Dan, date de 30 ans exactement). S’il reste connu principalement pour Gonin (1995), Takashi Ishii n’est pas le réalisateur d’un seul film. On compte à son crédit les excellents Black Angel, Angel Guts : Red Vertigo, A Night in Nude ou encore Alone in the Night. Surtout, il ne faudrait pas oublier qu’il est originellement dessinateur de manga et qu’il a créé la série des Angel Guts qui compte pas moins de huit films dont un adapté au cinéma par Noboru Tanaka, rien de moins ! Il est également à l’origine des films de la série Evil Dead Trap sans pour autant les avoir réalisés.

Difficile en visionnant ce nouveau Flower & Snake de ne pas le comparer avec le film trentenaire de Masaru Konuma. Si le scénario basé sur une histoire d’Oniroku Dan reste dans ses très grandes lignes en partie inchangé, l’esthétisme est pour sa part extrêmement différent. On ne peut d’ailleurs être guère surpris de cet état de fait, Takashi Ishii ayant déjà fait montre de certains partis pris esthétiques dans ses pinku précédents et autres films.
Pour remplacer Naomi Tani, c’est Aya Sugimoto qui a été choisie. Pour être tout à fait franc, on ne peut pas vraiment dire que l’on y gagne au change. En effet, cette dernière a tendance à en fait un peu trop et ne parvient pas vraiment à coller à l’image de la femme innocente (même faussement) prise dans un enfer de perversités. Bien au contraire. Et quitte à être tout à fait honnête, avouons qu’Aya Sugimoto porte sur ses épaules une bonne partie de l’échec que constitue cette nouvelle mouture de Flower & Snake. Il ne faudrait cependant pas déresponsabiliser Takashi Ishii qui ne parvient pas s’émanciper de la lourdeur d’un scénario causée par sa linéarité.

Shizuko (Aya Sugimoto) est une ancienne danseuse aujourd’hui mariée à un riche chef d’entreprise. Un yakuza à l’article de la mort, Renji Ishibashi en vieillard de 95 ans, charge son bras droit (Kenichi Endou) de lui amener Shizuko, afin qu’il puisse se délecter une dernière fois de sa beauté. Cette dernière est kidnappée et va alors vivre un enfer d’humiliations et de tortures sous les yeux lubriques du vieillard.

De façon peu surprenante, le scénario a subi un lifting pour le rendre plus contemporain. Mais les quelques différences qui le distinguent du film de Konuma jouent pour la plupart en sa défaveur. Ainsi le métier de danseuse de Shizuko donne lieu à des scènes de danses particulièrement soporifiques et kitsch qui culminent avec l’extrêmement ridicule scène finale, où l’on se demande s’il faut en rire ou en pleurer. Le film, s’il conserve une bonne part de la violence et de l’immoralité propre à Oniroku Dan, ne va cependant pas aussi loin que celui de Konuma, bien plus subtil, et à plus recours à une violence physique (plusieurs morts par balle qui nous font penser à Black Angel, changement plutôt brusque et inopportun s’il en est) et graphique qu’à une violence psychologique. Cela ne signifie pas pour autant que le film soit exempt de toute amoralité. En effet, les scènes d’humiliation sont nombreuses (comme uriner sous les yeux d’un public d’anonymes pervers), ainsi que les tortures. Néanmoins, nous refaire le coup de la bourgeoisie décadente où argent rime nécessairement avec perversité à quelque chose d’un peu daté.
Au niveau purement esthétique, Takashi Ishii se démarque totalement de Konuma. On retrouve ici ce qui fait la marque de fabrique de Takashi Ishii. Scènes nocturnes ou dans l’obscurité, personnage de femme forte (le personnage très dispensable de la garde du corps de Shizuko) et emphase sur l’atmosphère humide et sombre. Néanmoins, Takashi Ishii emprunte beaucoup et pas toujours de la façon la plus subtile. Son esthétisme donne souvent l’impression de ne pas avoir beaucoup évolué depuis vingt ans, voire plus. Que ce soit le thème du voyeurisme et du SM digne d’Hisayasu Satou, les femmes horriblement torturées de Teruo Ishii ou l’ambiance bourgeoisie décadente à la Noboru Tanaka, la place pour l’originalité se fait très réduite. Il reste que tout un passage parvient à convaincre par sa photographie sublime. On peut cependant se demander s’il était vraiment la peine de faire un film (long qui plus est pour un pinku) juste pour ce type d’exercice de style. Les amateurs de Aya Sugimoto trouveront sans aucun doute leur content avec le livre ou le DVD de photographies tirées du film.

Flower & Snake est au final un film qui égrène tant de maladresses et de fautes de goût que l’on a du mal à croire que Takashi Ishii a pu le commettre. On se rattrapera sur les présences de Renji Ishibashi et Kenichi Endou, pour ensuite se tourner avec un plaisir renouvelé vers le film de Konuma.

© zeni

Titre japonais (romanisé) : Hana to Hebi


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